Édito

Indécence rectorale

Thomas Gerbet

91e université du monde ! Wahou ! Quel honneur, quelle fierté, quelle joie ! C’est drôle mais ça fait un peu comme l’élection du parti conservateur : une performance à laquelle tout le monde s’attendait mais qui crée tout de même une grosse boule de rancœur et de déception dans la gorge. L’Université de Montréal ne le méritait pas. Ou plutôt l’administration de l’UdeM, qui aime tant tirer la couverture à elle.

« Ce classement [du Times Higher Education] confirme la place de l’UdeM parmi les grands, a signalé le recteur, Luc Vinet. Malgré toutes les imperfections, les classements internationaux brossent un tableau assez juste de la situation relative des établissements universitaires. » Juste ? C’est effectivement « relatif ». Si l’UdeM s’accroche encore au top 100, ce n’est que le fait du dévouement et du talent de ses enseignants, chercheurs et étudiants. Certainement pas le fait du gargantuesque rectorat qui se pâme devant son imaginaire excellence.

Ce type de classement tient rarement compte de la qualité de vie étudiante et des conditions d’études. Bien sûr, certains diront que les étudiants montréalais ne sont pas à plaindre, au regard de la situation universitaire de bon nombre de pays (même occidentaux). Mais faut-il pour autant regarder disparaître nos acquis sans réagir ?

POLITIQUE DE RIGUEUR À L’UdeM

Nous sommes au cœur d’un « plan de compressions budgétaires rigoureux ». Les mots sont ceux du rectorat, lui-même, dans un bulletin d’information interne. Il fallait bien que l’UdeM confirme ce que Quartier Libre présente, numéro après numéro, depuis la rentrée. Dans cette présente édition, vous trouverez, encore une fois, des signes de la politique de rigueur de l’Université. Vous en trouverez sur l’état des bibliothèques qui se dégrade, sur l’abolition du baccalauréat en linguistique et sur la fermeture des derniers centres de documentation de la Faculté des arts et des sciences. Vous en trouverez aussi sur les services aux étudiants (sur la sellette) et sur le nettoyage des locaux (réduit de moitié).

Une politique de rigueur, ça s’applique d’abord à soi-même. Ce qui ne semble pas faire partie des priorités de l’administration udemienne, qui n’est pas touchée par les multiples compressions, bien au contraire. De nouveaux cadres sont récemment venus s’ajouter à la longue liste des salariés gagnant plus de 100 000 $ par année. La masse salariale du recteur, des vice-recteurs et de leurs adjoints s’élève à 3 millions de dollars. Une moyenne de 185 000 dollars par tête qui frôle l’indécence.

« Les avantages énormes octroyés aux cadres, les dédoublements de facultés, tout ça coûte des millions au réseau universitaire. Voilà où sont les vrais enjeux. » Qui a dit cela ? Réponse : Alexandre Chabot, le vice-recteur adjoint à la vie étudiante, dans une entrevue accordée à La Presse en 1996, alors qu’il représentait les étudiants à la FAÉCUM. Les avantages énormes accordés aux cadres dont parlait M.Chabot sont peut-être ceux dont il jouit aujourd’hui. Saviez-vous que les cadres de l’UdeM conservent leurs salaires un an après avoir quitté leurs fonctions et que certains s’arrangent même pour le conserver deux ans grâce à un ingénieux système de congés de ressourcement couplé à d’alléchantes primes ? Ça prend donc un parachute doré pour quitter la tour de l’Université.

VERS UNE CAMPAGNE DE FINANCEMENT ?

L’UdeM est aujourd’hui endettée à hauteur de 115 millions de dollars. De nombreux indices portent à croire qu’une campagne de financement pourrait être lancée dans les prochaines mois, peut-être même d’ici la fin du trimestre. Ce type de « quête institutionnelle » a lieu tous les 10 ans, environ, et permet à l’Université de récolter des dons d’entreprises privées ou de donateurs individuels comme d’anciens étudiants. Lors de la dernière campagne du genre, entre 2000 et 2003, l’institution avait amassé 218 millions de dollars, et les deux paliers de gouvernement avaient ajouté 228 autres millions. De gros chèques qui avaient permis de lancer différents projets comme la création de 47 nouvelles chaires de recherche, 150 nouveaux fonds de bourses et 5 nouveaux pavillons.

C’était il y a cinq ans. Tout semble déjà dépensé au regard du serrage de ceinture actuel. La prochaine fois, il ne faudra pas sauter sur les coffres pleins et préparer une sérieuse politique de gestion. Le futur débat sur la gouvernance des universités tombera à point nommé car l’UdeM a bien besoin de conseils. En 2003, le message publicitaire remerciant les donateurs était le suivant : « C’est quand on est bien entouré qu’on peut se dépasser. » Les étudiants aimeraient pouvoir dire la même chose.

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