Ashley (nom fictif) ressemble à une étudiante moyenne : vêtue d’un jeans, les yeux un peu cernés, elle porte ses livres et sa tasse de café. Mais ce que les autres étudiants ignorent, c’est qu’à la fin de sa journée de cours, quand la plupart des étudiants rentrent souper et réviser leurs examens, elle échange ses classeurs et ses manuels contre des talons aiguilles, des faux cils et de la lingerie sexy. Pour financer ses études, Ashley travaille la nuit pour une agence d’escortes.
Nexus (Camosun College, Victoria)
Aujourd’hui âgée de 28 ans, Ashley est escorte depuis ses 20 ans. Avant cela, elle était caissière dans une grande surface mais avait du mal à joindre les deux bouts. Quand elle a entendu dire que vendre des services sexuels pouvait rapporter gros, elle n’a pas hésité à aller vérifier. À son premier jour de travail, Ashley était très nerveuse. Avoir des rapports sexuels avec des clients, « c’est effrayant la première fois », dit-elle. Mais ses collègues l’ont aidée à se mettre à l’aise : « Les gens ont vraiment été gentils avec moi. Après le premier jour, c’est devenu une routine, presqu’un emploi normal. »
Ashley n’avait jamais fait autant d’argent auparavant. Mais tout le monde ne s’accorde pas pour dire qu’être escorte est une bonne manière de gagner sa vie. C’est le cas de John McKinnis, étudiant au College Camosun : « Je sais que c’est difficile de trouver du travail, pour les hommes comme pour les femmes, mais là, ce n’est pas approprié. » Fletcher Evans, un autre étudiant, est de cet avis : « Ce devrait être illégal. C’est dangereux et dévalorisant pour une femme. Elle devient un objet. On paie pour louer une voiture, on paie pour avoir une relation sexuelle avec une fille. Vous pouvez essayer de justifier cette situation en disant que c’est pour payer vos études, mais il y a d’autres façons de gagner de l’argent. » Certains défenseurs du droit des femmes, comme le Centre des femmes du College Camosun, ont une autre vision du choix de carrière d’Ashley. Selon Nathalie Schogl, du Centre, chaque personne a le droit de choisir la profession qu’elle désire, tant que cela ne nuit à personne : « Ce n’est pas une voie que je choisirais, mais si vous vous sentez à l’aise dans votre corps et ouvert à l’idée de le partager, je ne vois pas de problème à ça. »
Ashley protège bien son secret. Parfois, elle croise un de ses clients dans un lieu public. D’habitude, elle s’entend avec eux pour qu’ils soient discrets, mais il est déjà arrivé que certains l’abordent. Ashley soutient n’avoir jamais eu d’étudiant parmi ses clients, ce qui n’est pas le cas avec les professeurs. Même si ce n’étaient pas ses profs à l’époque, ils savaient qu’elle étudiait dans leur établissement. « Quand ils viennent me voir, je leur demande toujours s’ils veulent quelqu’un d’autre, expliquet- elle. Mais en général, ils sont plus que disposés à passer ce moment-là avec moi. »
Le cas d’Ashley n’est pas une exception. Elle estime qu’un quart des collègues qu’elle a eues ces huit dernières années étaient des étudiantes postsecondaires. « Contrairement à l’image que la société se fait, la plupart des filles sont assez normales, viennent de familles de la classe moyenne et font le choix de travailler dans cette industrie », explique Ashley. « Nous ne sommes pas les victimes que la société prétend. »
Les escortes peuvent aller à la rencontre du client (out-call) ou bien être visitées à l’agence (incall). Une fois les portes de la chambre closes, différents scénarios sont possibles. Plusieurs escortes vont fournir un GFE (Girlfriend experience) ce qui comprend souvent des baisers sur les lèvres, des caresses et le « Dîner Y » (sexe oral). Il y a aussi les CBJs (condom blowjobs), les massages nus, les scénarios fétichistes et le « Greek » (sexe anal).
Beaucoup se demandent pourquoi les agences d’escortes peuvent continuer de fonctionner sans avoir à répondre de leurs actes devant la justice. En réalité, la prostitution n’est pas illégale au Canada et ne l’a jamais été. Ce qui est illégal, c’est qu’un travailleur du sexe ou un client discutent verbalement d’échanges d’actes sexuels contre de l’argent ou bien contre d’autres marchandises. Ainsi, les escortes peuvent vendre leur corps mais ne peuvent solliciter leurs clients ni fixer un prix pour leurs services. C’est là où le bât blesse : les escortes ne vendent pas leur corps mais leur temps. Et ce qui se passe entre deux adultes pendant ce temps n’est rien d’autre que du « business » au regard de la loi.