Théâtre : Le Retour au TNM

Misogynie peinte et dépeinte

Thomas Gerbet

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Photo : courtoisie Yves Renaud

Le rideau s’ouvre sur une peinture à l’huile : le portrait d’une famille londonienne dans les années 1960. C’est dans la veine du peintre américain Edward Hopper que le metteur en scène Yves Desgagné a adapté, avec René Gingras à la traduction, The Homecoming, la pièce du prix Nobel britannique Harold Pinter.

Le Retour raconte la visite impromptue, en plein milieu de la nuit, de Teddy (Jean-François Pichette), exilé aux États-Unis, qui vient présenter sa femme au reste de sa famille. Il y a belle lurette que le parfum d’une femme ne s’était pas fait sentir dans la maison. Max (Marcel Sabourin), le père veuf, vit avec ses deux autres fils, Joey (Hubert Proulx) et Lenny (Patrice Robitaille), et son frère Sam (Benoît Girard). L’accueil réservé au couple par ce petit monde traduit rapidement l’esprit de la famille. Cette dernière ne nage pas dans le bonheur et la fraternité. Les échanges sont musclés et les propos tranchants, à l’instar des couteaux du père, ancien boucher : « Il n’y a pas eu de putain dans cette maison depuis la mort de ta mère. »

La famille s’envoie tout ce qu’elle pense au visage. Mais au travers de cette cruauté verbale, c’est paradoxalement le poids des non-dits qui se fait sentir. Plongée sans préparation dans cet univers où la misogynie est à son paroxysme, Ruth (Noémie Godin-Vigneau), n’est pas du tout décontenancée. Domestiquée et prostituée par le père et ses fils, elle obtempère toujours, mais non sans glisser au passage la marque de son contrôle total de la situation : « Le fait que mes lèvres remuent a peut-être plus de sens en soi que les mots qui en sortent. Vous devez garder cette possibilité à l’esprit. » Derrière la phallocratie, on entrevoit la liberté d’une femme.

Avec Le Retour, la production québécoise a misé sur la notoriété de Patrice Robitaille (Horloge biologique, Cheech). Pourtant, c’est Marcel Sabourin, dans le rôle du vieil acariâtre, qui monopolise l’attention. Une présence si forte que ses absences de la scène deviennent rapidement soporifiques. La distance entre son jeu et celui des autres s’exprime aussi dans l’adaptation du texte de Pinter. La métamorphose québécoise est tellement radicale (surtout chez Marcel Sabourin) qu’on en vient presque à se demander si les personnages ne se trouvent pas dans le salon d’un chalet de chasse mauricien. Le ton londonien de la pièce d’origine s’efface, comme si les couches de peinture ajoutées au tableau initial n’avaient fait que l’engraisser.

Le Retour, jusqu’au 29 novembre au TNM (84, rue Sainte-Catherine Ouest)

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