Warcraft, Counter-Strike, Quake 4, Pro Evolution Soccer : pour certains, ces jeux vidéo dépassent le simple divertissement pendant un après-midi pluvieux. Les joueurs professionnels, ou gamers, les voient comme de véritables sources de compétition, ce qui les pousse à suivre un entraînement physique et mental quotidien. Initiation à la gymnastique électronique.
« Il faut s’exercer pour être compétitif, explique Emmanuel Richer-Cloutier, gamer depuis environ six ans. Il faut faire des exercices cardiovasculaires, et des échauffements pour les articulations, car lors des tournois on peut jouer jusqu’à huit heures dans une journée. » Les échauffements permettent d’éviter les inflammations qui peuvent être récurrentes pour les joueurs. « J’ai des tendinites aux coudes à force de jouer, je dois donc faire des étirements avant de commencer une partie », poursuit-il.
Comme l’indique Luc Léger, professeur au Département de kinésiologie à l’Université de Montréal, « les joueurs deviennent ankylosés quand ils restent assis trop longtemps dans la même position et ont donc besoin de se délier les muscles régulièrement. » La sédentarité peut aussi engendrer des problèmes d’obésité. « Il ne faut donc pas négliger l’activité physique », précise M. Léger.
Garett Bambrough, membre d’une équipe professionnelle pour le jeu Counter-Strike, effectue lui aussi des exercices quotidiens. « Je reste très actif et en bonne santé en mangeant sainement. J’ai un régime alimentaire strict, et des séances sportives quatre à cinq jours par semaine. » Cet entraînement est nécessaire pour être prêt lors des tournois. Les joueurs se préparent aussi mentalement, en développant des stratégies d’équipe pour la compétition afin d’affronter leurs concurrents.
« Les compétitions entre équipes sont les plus difficiles à gérer », souligne Daniel Tatone, copropriétaire du centre de jeux Gamers World à Montréal et arbitre lors de tournois de jeux vidéo. Selon lui, « les équipes sont moins respectueuses que lors des combats en un contre un ». Cette rivalité entre joueurs va parfois jusqu’à la démoralisation de l’adversaire. « Le but est de le déstabiliser, indique Emmanuel Richer-Cloutier. Les équipes n’hésitent pas à mentir sur leurs résultats pour impressionner leurs concurrents ou à s’envoyer des menaces. »
Un entraînement quotidien est requis, mais nul besoin d’être un vrai professionnel pour consacrer de nombreuses heures à ce type de sport. « Pour moi, il s’agit d’une passion, je m’entraîne cinq heures par jour, explique Yan Chayer, un gamer qui participe à des compétitions en équipe. Les fins de semaine, comme il n’y a pas d’école, cela peut aller jusqu’à huit heures voire dix heures par jour. »
Le sport électronique – ou e-sport – est la pratique d’un jeu vidéo sur Internet via un ordinateur ou une console de jeu. Les gamers s’exercent de chez eux ou lors des LAN parties, événements au cours desquels les joueurs peuvent se qualifier pour des tournois locaux, nationaux ou mondiaux. Chaque année, environ 750 000 joueurs, dont certains de niveau professionnel, essayent d’être sélectionnés pour la finale de l’Electronic Sports World Cup, qui se déroule en France depuis cinq ans. Les joueurs choisis sont généralement des professionnels commandités par des fabricants de matériel informatique, de cartes graphiques ou des fabricants de microprocesseurs.
« Au niveau professionnel, les joueurs ont du talent, souligne Daniel Tatone. Quand on compare quelqu’un qui s’adonne aux jeux vidéo pour s’amuser et quelqu’un qui le fait pour la compétition, c’est totalement différent. C’est la même chose que de jouer au soccer entre amis, et jouer pour gagner sa vie. » Cependant, l’opinion des gamers diverge. « Ce qui définit le sport, c’est la compétition, les habiletés, les émotions, l’entraînement et la passion, explique Matt Wood, qui participe aux World cyber games. Tout cela s’applique aux jeux vidéo. » Patrick Bégin, qui a déjà été classé 42e joueur mondial à Guild Wars, n’est pas du même avis, car selon lui les jeux vidéo ne sont pas assez actifs, sauf ceux sur Nintendo.
Pour Luc Léger, les jeux vidéo peuvent être considérés « comme un sport au niveau de la compétition, mais pas sur le plan physique ». Il indique tout de même que la nouvelle console de jeu de Nintendo, la Wii, entraîne une dépense d’énergie. Cette console propose des jeux de tennis et de golf, pour lesquels les joueurs doivent imiter les mouvements des vrais sportifs. « La Wii est mieux que les jeux passifs, souligne Luc Léger. Mais il faut quand même avoir une bonne gestuelle et dépasser le simple fait de bouger les doigts pour avoir des résultats physiques. »
Toutes ces heures d’entraînement sont profitables aux participants des compétitions mondiales. Pour les autres, la grande majorité, celle qui entretient bien moins d’ambitions, il reste une chose : le plaisir du jeu.