Les Sceptiques du Québec face à la question religieuse

La passion de la raison

Cécile Delporte

Après les politiciens et les citoyens, voici que les scientifiques purs et durs se jettent sur la question religieuse. Cette fameuse question qui engendre tant de débats. Parmi ces promoteurs de la pensée rationnelle : les Sceptiques du Québec. Quartier Libre a assisté à leur assemblée générale.



Fondée il y a 21 ans, l’association des Sceptiques du Québec compte environ 400 membres. Son objectif est officiellement de « promouvoir la pensée critique et la rigueur scientifique dans le cadre de l’étude d’allégations de nature pseudo-scientifique, religieuse, ésotérique ou paranormale ». Dix fois par année, les Sceptiques organisent des conférences autour de thèmes variés comme l’éthique, l’écologie, l’économie, ou encore les produits de consommation. Depuis un peu moins de cinq ans, un nouveau thème est apparu, jusque-là tabou : la religion.

Oser critiquer la religion

Les Sceptiques du Québec s’inscrivent dans le courant actuel de questionnement scientifique des croyances religieuses. Même si Louis Dubé, président de l’association, souligne que « les sceptiques ont toujours parlé de religion », on ne peut que constater qu’ils se permettent désormais d’aborder ouvertement le sujet, et ce, depuis la parution, il y a quatre ans, du dossier « Scepticisme et religion » dans leur revue, Le Québec sceptique. Le prochain numéro de ce magazine sera même entièrement consacré à ce sujet en avril.

Selon M. Dubé, pour la majorité des membres de son association, la religion est « une croyance comme une autre, sujette à vérification » et à laquelle on peut appliquer la démarche sceptique. Il rappelle que « la science ne peut pas dire si Dieu existe ou non », mais qu’elle peut cependant remettre en question certains mythes que les religions font passer pour des faits. « Dès qu’une religion fait des assertions sur la réalité qui ne sont pas valables aux yeux de la science, nous [les] contestons », insiste François Filiatrault, membre du conseil d’administration des Sceptiques.

La démarche sceptique face aux croyances

Denis Hamel, auteur d’un article sur la religion à paraître dans le prochain numéro de Québec sceptique, explique que la démarche de l’association « consiste à étudier la cohérence des croyances religieuses, l’originalité des documents supportant ces croyances et le fait qu’elles ne soient pas contradictoires avec la connaissance scientifique actuelle ».

Ainsi, M. Hamel nous explique que scientifiquement, le déroulement chronologique de la genèse tel qu’il est présenté dans la bible est invalide ; il est en effet impossible que les plantes aient été créées le troisième jour, alors qu’elles ont besoin du soleil qui, lui, a été créé le quatrième jour.

M. Hamel critique aussi le fait que certaines croyances religieuses ne soient pas « conformes avec les droits de l’Homme », précisant au passage que ce point n’engage que lui. Il remet en question, par exemple, les textes religieux qui vont à l’encontre de l’égalité homme-femme. Ainsi, dans le Lévitique (chap. 12), une femme qui enfante une fille est considérée comme « impure » plus longtemps (deux semaines) que si elle accouche d’un garçon (une semaine), sans aucune justification.

Une question sensible

Certains membres réclament que l’organisation prenne position sur les débats de société. Pour l’heure, M. Dubé reste opposé à cette idée, tout comme la majorité des membres des Sceptiques, leur laissant tout de même la possibilité de le faire en leur nom : « Je ne suis pas farouchement opposé à ce que les Sceptiques prennent position sur les grands principes de “démocratie, justice, liberté et laïcité”, mais j’estime que ce n’est pas là leur rôle. »

La conférence du jeudi 13 mars prochain portera sur le récent ouvrage de Lorraine Derocher Vivre son enfance au sein d’une secte religieuse. Toutes les conférences se tiennent au Centre St-Pierre, 1212 rue Panet, Montréal et commencent à 19 heures. Le prix d’entrée est 10 $ pour les non-membres.

Répondre à cet article – 1 message

  • La passion de la raison

    25 avril 2008 11:20, par Æthelred

    Sur la cohérence des récits de la Génèse avec les faits scientifiques avérés relatifs à l’origine de l’univers, il semble qu’une réponse définitive ait déjà été apportée il y a plus de trente par feu le regretté écrivain de science-fiction ISAAC ASIMOV, dans sa nouvelle « Au prix du Papyrus », mettant en scène Moïse descendant du Mont Sinaï et s’apprêtant à dicter à son frère Aaron, outre les tables de la loi, les premières pages de la Génèse. Je ne doute pas qu’Internet permette à chacun de ceux qui s’y intéresseraient de la retrouver rapidement, et, accessoirement, de passer un bon moment à sa lecture ... Quant à la trame principale de la création « en sept jours », je la trouve finalement assez bien vue, surtout depuis qu’en 1926 l’Abbé Lemaître, éminent astronome belge, a émis l’idée du Big Bang - Que la Lumière soit -, qui à ma connaissance n’a pas reçue à ce jour de démenti convaincant. Et il reste cette magnifique histoire du paradis terrestre, qui prouve que les juifs des années 1500 avant JC, qui rédigèrent ces textes, conservaient la mémoire culturelle d’un temps « où la nature nourrissait l’homme ». Puis vint la révolution du néolithique, l’invention de l’agriculture, et par conséquent celle du travail, traumatisme majeur de l’histoire humaine, auquel le poète Grec Hésiode fait également allusion dans sa Théogonie quand il déplore qu’à l’âge d’Or ait fini par succéder l’âge de fer. Les évènements économiques qui remplissent nos journaux ne peuvent pas plus espérer nous remonter le moral, en ces temps de libéralisme sauvage, que n’a pu survivre depuis Buffon la si jolie idée, à laquelle a paru tenir un temps l’Eglise, que le monde aurait été crée un jour d’avril 4004 avant JC. « Les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre ».



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